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Marie-Curie, à laquelle le président de la République a rendu hommage en son jour d’entrée en fonction, a beaucoup fréquenté Sceaux. Les parents de son mari Pierre y vivaient, elle s’y est mariée, y a vécu depuis le décès accidentel de son époux en 1906 jusque sa mort en 1934. Elle y a été enterrée. Sa petite fille Hélène Langevin, fille d’Irène Joliot-Curie, réside d’ailleurs toujours dans la maison que la double prix Nobel de physique et de chimie avait souhaité se faire construire, avenue Le Nôtre, à Antony, en lisière de Sceaux.
Nous avons retrouvé les maisons de Marie Curie. Et découvert que dans l’une d’entre elles la grande dame avait laissé des traces…
Au 13, rue des Sablons (devenu depuis le 9, rue Pierre-Curie).
C’était la demeure familiale de son mari Pierre Curie. Une maison de campagne, édifiée en 1841 par de riches bourgeois parisiens, que le docteur Eugène Curie (disciple de Paul Bert, il menait des recherches sur l’inoculation de la tuberculose) et sa femme ont louée de 1892 à 1900. Les trois premières années, leur fils Pierre, professeur à l’école de physique-chimie de Paris, habitait encore avec eux en compagnie de ses deux frères. Marie Sklodowska, la fiancée de Pierre, prenait le train Paris-Orléans pour leur rendre visite jusqu’au mariage du couple à Sceaux, en juillet 1895, et son installation rue de la Glacière à Paris.
Le propriétaire actuel de la maison, Jean-Yves Serreault, ingénieur chez Orange, a retrouvé sur internet une photo du couple le jour de leur mariage, avec la maison en arrière-plan. A son arrivée, en 1991, il a passé partout le compteur Geiger. "On se méfie toujours…" Rien trouvé d’anormal. M.Serreault est admiratif de Marie Curie mais sa principale motivation d’achat, "pour être honnête, c’est la proximité du lycée Marie-Curie pour les enfants".
Au 6, rue du chemin-de-fer (devenu depuis le 6, rue Jean Mascré)Marie Curie y résida avec ses deux filles Irène et Eve après la mort accidentelle de Pierre, écrasé en 1906 par une voiture place Dauphine. Veuve de 38 ans, elle revint vivre à Sceaux pour retrouver une ambiance familiale, et son beau-père s’installa dans une dépendance de la maison. Une gouvernante polonaise veillait sur ses filles tandis qu’elle poursuivait ses recherches dans son laboratoire du quartier latin.
"Ce poirier a connu Marie Curie", nous montre, depuis son jardin à l’arrière de la maison, la charmante Madame Segal. Janine de son petit nom. 81 ans. Infirmière puéricultrice de formation, ancienne éducatrice sportive bénévole, elle tient une forme olympique. Et nous raconte une histoire étonnante :
"On a acheté la maison en 1980, avec mon mari. Tout le mur d’enceinte était recouvert de lierre. Six mois après notre arrivée, mon époux veut installer un portail pour faire entrer la DS. Il arrache le lierre. Et là, je l’entends pousser un cri. Stupeur ! Il avait découvert une plaque qui disait 'Marie Curie a habité dans cette maison de 1907 à 1912. Son beau-père Eugène Curie y est mort en 1910. Plaque posée en 1950. Cinquantenaire de la découverte du radium.' Mon mari était furibard. On avait oublié que Marie Curie avait vécu là ! Cette femme a découvert le radium, on met une plaque, elle est recouverte de lierre, et personne ne sait plus rien ! Ni ceux qui nous avaient vendu la maison, ni la famille qui les avait précédés, ni le notaire, ni les voisins! Pourtant, cette plaque posée en 1950, la municipalité en avait bien référence dans ses archives…"
D'ailleurs, la ville a plusieurs fois rendu hommage à ses habitants les plus célèbres. En 1907, le Conseil municipal a rebaptisée Pierre-Curie la rue des Sablons où il avait vécu. En 1936, c’est le lycée de jeunes filles de la ville qui a pris le nom de Marie Curie. En 1950, une plaque est posée sur la maison, donc. Puis l’oubli, comme le lierre, a tout recouvert.
"Moi je me suis dit : une femme, étrangère en plus, pas étonnant qu’on s’en fiche !",poursuit Janine Segal. Qui égrène les coïncidences. "Ce qui est particulièrement étonnant, c’est que la famille de mon mari, du côté de son père, les Segal, était des juifs polonais qui connaissait la famille de Marie Sklodowska. Les tantes de mon mari ont même aidé Bronia, la sœur aînée de Marie, quand elle est venue faire ses études en France."
Le mari de Janine, décédé il y a cinq ans, était cancérologue à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif. "Une fois par semaine, il avait une consultation dans le service de Frédéric Joliot à l’hôpital d’Orsay !" Il y emprunte un compteur Geiger. "Je me souviens, nos enfants qui avaient 14, 15 ans se fichaient de lui ! Dans une petite pièce, le compteur s’est mis à cliqueter, tout le monde est venu écouter. C’était le chant du radium. Il avait trouvé des rayonnements alpha et gamma. On a compris ensuite, en voyant Marie Curie sur certaines photos, à la fenêtre de cette pièce, que ce devait être son bureau. Elle a dû y faire tomber du radium. Avant sa découverte de la radioactivité, elle ne savait pas que c’était dangereux."
La famille ne sombre pas dans l’angoisse, ne revend pas vite fait la maison en recouvrant la plaque… "On s’est plutôt demandé si les propriétaires précédents n’avaient pas fait dormir d’enfant dans cette pièce. On a joint ceux qui nous avaient vendu, ils nous ont donné le téléphone de leurs prédécesseurs. Et on a trouvé un enfant concerné, à qui on a fait subir des examens, négatifs heureusement. Nous, on a simplement évité d’y installer l’un de nos enfants !"
Sur la porte de ce qui est aujourd’hui un bureau, une affichette signale avec humour qu’on pénètre en "Zone contrôlée, accès réglementé".
Au cimetière
Marie Curie décède en 1934, dans un sanatorium des Alpes, d’une leucémie. Elle est enterrée à Sceaux aux côtés de Pierre. En 1995, lors du transfert des cendres des deux savants au Panthéon, l’exhumation se déroule sous la surveillance d’experts en protection contre le rayonnement. Des traces de radium 226 sont décelées sur les deux cercueils.
Petit post scriptum
Nous avons joint Hélène Langevin, la petite fille de Marie Curie, qui assistait hier après-midi à l'hommage rendu par François Hollande à sa grand-mère, à l'Institut Curie – ancien Institut du radium créé par cette dernière. "J'ai apprécié l'importance accordée à la jeunesse, à l'éducation, à la recherche, et aux femmes à travers ce dépôt de gerbe devant le buste de ma grand-mère, nous dit-elle. Cela augure bien de la présidence. Parce que je suis bien obligée de dire que Nicolas Sarkozy ne comprenait strictement rien à la recherche scientifique. Je me suis opposée à toute une série d'initiatives qui tendaient à mélanger recherche, développement technologique et industrie, même s'il doit bien sûr y avoir des liens étroits entre les uns et les autres. Avec ce symbole voulu par le nouveau président, on retrouve une certaine tradition, et on est à la hauteur des enjeux d'aujourd'hui. On n'est plus dans les réponses à la petite semaine, les yeux fixés sur le cours des actions".
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Un an après l'accident nucléaire de Fukushima survenu le 11 mars 2011, Dominique Finon, économiste au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED) fait l'analyse des différents scénarios d'évolution de la filière nucléaire en France.
Interview : Mathieu Grousson
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Le parquet de Thionville (Moselle) a ouvert une enquête, sur plainte du réseau Sortir du nucléaire, après un incident survenu en janvier 2012 à la centrale nucléaire de Cattenom, a-t-on appris auprès de ce collectif d'organisations antinucléaires.
L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait révélé le 6 février dernier une anomalie sur les tuyauteries de refroidissement des piscines d'entreposage des combustibles de deux des quatre réacteurs de cette centrale, située sur la Moselle, non loin des frontières allemande et luxembourgeoise.
Les bassins, où sont entreposés les combustibles, avant ou après leur utilisation dans le coeur du réacteur, auraient pu se vider accidentellement par un phénomène de siphonnage, en cas de manoeuvre incorrecte de certaines vannes commandant l'injection d'eau froide.
Ce problème, qui a été corrigé début février par le percement sur la tuyauterie d'un orifice appelé "casse-siphon", a été classé par l'ASN au niveau 2 de l'échelle internationale Ines, "en raison de ses conséquences potentielles".
Dans sa plainte, Sortir du nucléaire estime qu'EDF a violé l'article 591-5 du code de l'environnement qui prescrit à l'exploitant de signaler "sans délai" à l'Autorité de sûreté nucléaire tout incident "ayant ou risquant d'avoir des conséquences notables sur la sûreté de l'installation".
L'ASN l'a souligné elle-même dans son rapport d'inspection adressé à la direction de la centrale le 26 janvier 2012.
"Or, bien que l'écart ait été détecté le 21 décembre 2011, vous n'en avez informé l'Autorité de sûreté nucléaire oralement que le 13 janvier 2012 et par écrit le 18 janvier 2012", souligne Florien Kraft, chef de la division de Strasbourg de l'ASN.
Cette infraction est passible d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende.
La plainte de Sortir du nucléaire vise également la non-conformité de l'installation elle-même et le fait d'avoir mis plus d'un mois pour y remédier, s'agissant d'une opération ne requérant "pas d'expertise complexe", comme l'affirme également l'ASN dans son rapport.
Le procureur de Thionville, contacté par Reuters, a confirmé l'ouverture d'une enquête, sans préjuger des suites qui lui seront données.
"Ces problèmes se règlent généralement de manière administrative entre l'ASN et l'exploitant", a toutefois estimé Jean-François Mailhes.
La direction de la centrale n'était pas joignable dans l'immédiat.
Le parquet de Thionville (Moselle) a ouvert une enquête, sur plainte du réseau Sortir du nucléaire, après un incident survenu en janvier 2012 à la centrale nucléaire de Cattenom, a-t-on appris auprès de ce collectif d'organisations antinucléaires.
L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait révélé le 6 février dernier une anomalie sur les tuyauteries de refroidissement des piscines d'entreposage des combustibles de deux des quatre réacteurs de cette centrale, située sur la Moselle, non loin des frontières allemande et luxembourgeoise.
Les bassins, où sont entreposés les combustibles, avant ou après leur utilisation dans le coeur du réacteur, auraient pu se vider accidentellement par un phénomène de siphonnage, en cas de manoeuvre incorrecte de certaines vannes commandant l'injection d'eau froide.
Ce problème, qui a été corrigé début février par le percement sur la tuyauterie d'un orifice appelé "casse-siphon", a été classé par l'ASN au niveau 2 de l'échelle internationale Ines, "en raison de ses conséquences potentielles".
Dans sa plainte, Sortir du nucléaire estime qu'EDF a violé l'article 591-5 du code de l'environnement qui prescrit à l'exploitant de signaler "sans délai" à l'Autorité de sûreté nucléaire tout incident "ayant ou risquant d'avoir des conséquences notables sur la sûreté de l'installation".
L'ASN l'a souligné elle-même dans son rapport d'inspection adressé à la direction de la centrale le 26 janvier 2012.
"Or, bien que l'écart ait été détecté le 21 décembre 2011, vous n'en avez informé l'Autorité de sûreté nucléaire oralement que le 13 janvier 2012 et par écrit le 18 janvier 2012", souligne Florien Kraft, chef de la division de Strasbourg de l'ASN.
Cette infraction est passible d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende.
La plainte de Sortir du nucléaire vise également la non-conformité de l'installation elle-même et le fait d'avoir mis plus d'un mois pour y remédier, s'agissant d'une opération ne requérant "pas d'expertise complexe", comme l'affirme également l'ASN dans son rapport.
Le procureur de Thionville, contacté par Reuters, a confirmé l'ouverture d'une enquête, sans préjuger des suites qui lui seront données.
"Ces problèmes se règlent généralement de manière administrative entre l'ASN et l'exploitant", a toutefois estimé Jean-François Mailhes.
La direction de la centrale n'était pas joignable dans l'immédiat.
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Par deedoff dans SPECIAL JAPON le 14 Mai 2012 à 12:28

Le gouvernement japonais qui tente d'organiser la relance de ses 50 réacteurs pour éviter de graves pénuries de courant a obtenu une première victoire. Les autorités locales d'une petite bourgade de l'ouest du pays ont donné leur accord. Mais d'autres approbations sont encore nécessaires.
La bourse de Tokyo n'a pas attendu de confirmation. Juste avant la clôture, ce lundi, le titre de l'électricien Kansai Electric Power Company (Kepco) a bondi de 5,6% lorsque les investisseurs ont découvert les premières dépêches annonçant que la municipalité d'Ohi, dans la préfecture de Fukui, à l'ouest du pays, s'était prononcée en faveur du redémarrage de deux réacteurs nucléaires du groupe, situés sur sa commune.
Choquée par la catastrophe de Fukushima-Daiichi, la mairie avait jusqu'ici empêché le rallumage des tranches n°3 et n°4, éteintes il y a quelques mois, pour des inspections de routine. Immédiatement, les courtiers se sont pris à espérer une relance progressive de la plupart des 50 réacteurs du pays, dont l'arrêt fait craindre de lourdes pénuries de courant. Dans la région desservie par Kepco, le gouvernement a prévu de demander aux habitants et aux entreprises de réduire leur consommation d'électricité d'au moins 15% cet été, lorsque la demande sera traditionnellement à son maximum, pour éviter des coupures de réseau.
Les autorités et Kepco avaient progressivement accentué leur lobbying sur les élus et les habitants d'Ohi, qui redoutent d'avoir, un jour, à subir le drame des populations proches de la centrale détruite par le tsunami. Hier, les représentants de l'assemblée de la ville ont indiqué que leurs peurs d'un accident n'avaient pas été toutes dissipées par les tests de résistance, organisés par le gouvernement central, mais ils ont expliqué qu'ils s'inquiétaient plus encore pour la santé économique de leur petite communauté.
La ville de 8.800 habitants recevait avant la catastrophe de Fukushima jusqu'à 24 millions d'euros de subventions annuelles en échange de son acceptation de la centrale et une large part de l'emploi des habitants était assurée par l'électricien ou ses fournisseurs. « A court terme, l'arrêt des centrales n'a pas détruit d'emplois ou endommagé les économies locales », s'est offusqué, hier soir, Greenpeace au Japon, qui tentait de démontrer depuis des semaines aux habitants d'Ohi que le démantèlement éventuel de la centrale et la mise en place d'énergie renouvelable auraient pu créer localement une croissance plus durable.
Si l'accord des autorités locales, dont le feu vert est nécessaire après tout arrêt temporaire de réacteurs dans le pays, est une victoire clé pour le gouvernement nippon, les autorités doivent encore obtenir l'aval du gouverneur de la préfecture, qui attend les conclusions d'un panel d'experts sur la sécurité du site, mais surtout jauger la réaction de l'opinion publique et des élus dans les villes avoisinantes. Ces habitants n'ont légalement pas les moyens de bloquer un redémarrage mais ils pourraient activer des réseaux politiques afin de contraindre le gouvernement à ne pas « précipiter » sa décision.
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Par deedoff dans SPECIAL JAPON le 14 Mai 2012 à 12:07

Le 17 décembre dernier, le gouvernement japonais déclarait achevée l'étape 2 du processus de résolution de l'accident nucléaire de Fukushima, survenu quelque neuf mois plus tôt à la suite du séisme et du tsunami meurtriers du 11 mars 2011.
Fin de l'étape 2 signifiait réacteurs en état dit d'arrêt à froid (température au fond des cuves sous pression maintenue sous 100 degrés Celsius, système de refroidissement en continu opérationnel, moyens de secours disponibles en cas de nouveau tremblement de terre), bref, relative stabilité des lieux.
Pour autant, on est loin d'en avoir fini avec ce drame. Il faudra au moins 40 ans, de l'avis même des autorités nippones, pour démanteler les 4 réacteurs les plus endommagés sur les 6 que compte le site, et ce en faisant appel à des technologies inusitées qu'il reste à imaginer en faisant notamment appel à l'imagerie, à l'électronique, à l'informatique et aux télécommunications.
C'est ce qu'a déjà fait notamment la société japonaise de travaux publics Kajima, en créant des grues et autres engins de chantier œuvrant en équipe sur site et régis à distance, comme ceux mis en images par le mangaka japonais J.P. NISHI.Avant de démonter les installations en piteux état de Fukushima Daiichi, il faut déblayer les débris, ceux résultant du tsunami d'une part et ceux causés par les explosions d'hydrogène qui ont soufflé les bâtiments des réacteurs d'autre part. La tâche n'est pas simple car l'environnement est loin d'être sûr, même si plus de 3000 personnes y triment quotidiennement. Outre la radioactivité ambiante, dont on peut en partie se protéger avec des tenues spéciales, les travailleurs du site doivent composer avec la fragilité des structures, à la merci de nouvelles secousses telluriques et potentiels raz-de-marée. Aujourd'hui encore, les répliques du séisme de magnitude 9,0 du 11 mars ne sont pas rares. Le précédent ministre français de l'Industrie, Eric Besson, qui a visité le site ravagé au pas de course il y a quelques semaines, a beau clamer ici et là que la situation n'y est pas si catastrophique qu'on le pensait et que les ouvriers pourraient presque s'y mouvoir en bras de chemise, la réalité n'est pas celle-là, même si les responsables japonais de Tepco n'ont pas, par politesse, osé dire audit représentant de la France qu'il se faisait un peu trop d'illusions. C'est bien parce que la zone reste ô combien dangereuse que l'entreprise de BTP Kajima, à qui fut autrefois confiée la construction des bâtiments des six réacteurs depuis les années 1960, est aujourd'hui en train d'y déployer des moyens techniques permettant d'intervenir sans obliger les hommes à prendre des risques sur le terrain. C'est aussi pour cela que le gouvernement japonais pousse les industriels et centres de recherche à concevoir des machines autonomes et autres systèmes minimisant autant que faire se peut la présence des humains sur le terrain.
Le 18 mars, Kajima a ainsi présenté un dispositif qui permet d'effectuer des travaux à distance. Il est composé de 10 engins de chantier pilotés depuis un site distant grâce à la transmission d'instructions dans un sens et d'images de contrôle dans l'autre.
« En tant qu'entreprise à laquelle ont été commandées de très grosses constructions dans des terrains peu faciles d'accès, comme les barrages, nous avons très tôt eu recours aux technologies de l'information et de la communication (TIC) pour rationaliser les interventions, augmenter la précision et minimiser les dangers », explique Kajima. Et de préciser: « nous avons ainsi mis au point des systèmes "sans hommes" pour intervenir dans des espaces ingrats à la merci des catastrophes naturelles (éruptions volcaniques, glissements de terrain, inondations, séisme, etc...). »
Dans le cas présent, Kajima a employé ses savoir-faire et expériences passées pour concevoir un système lui permettant de manipuler ses 8 engins de déblaiement et deux grues sur le site de Fukushima depuis une salle de commandes distante de 500 mètres. Un câble à fibres optiques relie ledit espace à un émetteur-récepteur (point d'accès Wiresless lan) situé à proximité des machines, dont certaines sont équipées d'antennes relais pour une meilleure propagation des signaux. Grues et machines, aussi dotées de caméras et capteurs/émetteurs sans fil, reçoivent les commandes en provenance de la salle où sont installés les techniciens, relativement à l'abri des radiations (ils sont exposés à un niveau de 5 microsieverts/heure qui reste néanmoins 50 à 100 fois plus élevé que celui que l'on trouve dans un environnement normal, mais qui pour autant leur permet, même s'ils y passent 365 jours 24H/24, de ne pas absorber une dose supérieure à 50 millisieverts/an (limite actuelle pour une partie des ouvriers du site, 100 millisieverts/an pour ceux intervenant sur les moyens de refroidissement ou de contrôle d'émissions radioactives).
L'emploi simultané de fibres optiques et d'un réseau sans fil à proximité des machines a permis d'augmenter la distance entre les opérateurs et les engins sur site. Auparavant, quand seul était utilisé le Wireless Lan, un éloignement de plus de 100 mètres était impossible. Techniquement parlant, avec la fibre optique de la salle l'antenne Wireless Lan, 500 mètres n'est pas la distance maximale. On pourrait très bien imaginer que les opérateurs soient à Tokyo, à quelque 220 kilomètres du complexe atomique, si tant est que l'on déploie un câble dédié. Si on ne le fait pas, c'est que ce serait coûteux et assez irrationnel, mais dans l'absolu, ce serait possible.Dans la salle de contrôle, s'affichent sur des écrans les images renvoyées par les nombreuses caméras installées sur les différents engins. Toute la difficulté du système, selon Kajima, a été de parvenir à véhiculer en même temps l'ensemble des données (le volume est énorme) et d'obtenir la précision requise en dépit des nombreux obstacles. "A l'intérieur d'une grue ou de tout autre engin de chantier, il y a de multiples paramètres à surveiller simultanément, ce que fait généralement le conducteur", rappelle l'entreprise. En l'absence d'humains pour surveiller sur place, il a donc fallu installer des yeux artificiels un peu partout et des micros, car l'information sonore est aussi extrêmement importante dans ce type de contexte des plus dangereux. En outre, dans un environnement radioactif, les semi-conducteurs et autres composants électroniques peuvent être perturbés et réagir de façon anormale. Pour limiter les interférences, les différentes machines, caméras comprises, sont couvertes d'un revêtement spécial.
L'un des autres problèmes rencontrés par Kajima fut le remplissage des réservoirs de carburant de ces engins qui travaillent au-dessus du réacteur 3, le plus ravagés des six, d'où s'échappent une forte radioactivité. Puisqu'il est exclu d'y envoyer des hommes, le groupe a développé un système (pour lequel a été déposée une demande de brevet) qui permet de ravitailler les machines en appuyant sur un bouton, une grue se chargeant de la tâche.Sans un tel attirail, le travail en cours sur le réacteur 3 (déblaiement pour bâtir une structure de protection et limitation des rejets comme sur le 1) serait, sinon impossible, du moins extrêmement difficile et long puisque le temps d'intervention de chacun, dans des conditions exécrables, serait restreint à quelques dizaines de minutes par jour compte tenu des limites d'irradiations autorisées. Actuellement, quelque 300 personnes de Kajima travaillent à Fukushima, mais l'entreprise sait qu'elle va devoir former de nouveaux intervenants pour les prochaines années, une tâche qui risque de s'avérer délicate et que cette société n'est pas la seule à devoir affronter. C'est aussi bien entendu le cas de la compagnie exploitante,Tokyo Electric Power (Tepco), ou encore des industriels du secteur Hitachi, Toshiba ou Mitsubishi Heavy Industries (MHI), pour ne citer que les intervenants les plus importants.
C'est aussi parce que la main-d'oeuvre ne sera peut-être pas aisée à trouver que le recours aux automates est précieux et que le gouvernement japonais a prévu des budgets spéciaux pour aider les roboticiens à concevoir des engins susceptibles d'entrer sur le site pour y effectuer diverses actions en étant manipulés à distance.
Dans les premières semaines suivant le désastre, les Japonais, qui se pensaient les champions mondiaux toutes catégories des robots, ont en effet été choqués et frustrés de constater qu'ils n'avaient aucun spécimen national capable de leur prêter main-forte. Il a fallu en appeler aux robots américains. Quand les Français ont aussi proposé de dépêcher leurs modèles sur place, la réponse des Japonais fut négative. Finalement, ils sont peut-être quand même un peu intervenus (des techniciens d'un sous-traitant de Tepco ont à tout le moins été formés à leur manipulation) mais, le cas échéant, non sans blesser l'orgueil japonais.
Désormais, on ne compte plus les roboticiens nippons qui assurent que leurs créatures, souvent conçues avant le drame, sont en mesure moyennant quelques modifications, de donner un coup de main à la centrale condamnée de Fukushima, espérant ainsi profiter des subventions étatiques, même si les engins réellement en mesure d'intervenir à brève échéance se comptent sans doute sur les doigts d'une main. Le fait est cependant que certains, comme le robot Quince 2, sont déjà effectivement entrés dans les lieux, pour le moment essentiellement pour des missions de mesures diverses et de reconnaissance visuelle et sonore. Quince 2, développé par l'Université de Chiba, a par exemple filmé à l'intérieur du bâtiment du réacteur 2 où la radioactivité était de 220 microsieverts par heure, un niveau dans lequel l'homme ne peut pas rester.
Plus récemment, un autre engin, conçu par Topy et ressemblant également à une sorte de mini-tank à chenilles doté d'instruments de mesure et de 5 caméras, a aussi pénétré dans les réacteurs pour repérer les éventuelles fuites d'eau dans la partie basse de l'enceinte de confinement.

D'autres missions devraient régulièrement avoir lieu, mais bien que les Nippons en rêvent, on n'est peut-être cependant pas à la veille de voir oeuvrer dans la centrale des robots de type Goldorak ni des humanoïdes tels que ceux conçus par Takeshi Ishiguro (voir Live Japon "Ersatz d'humains"). Le groupe Honda songerait certes à modifier son célèbre androïde ASIMO pour l'adapter à des travaux dans la centrale, mais la version en réflexion n'aurait plus ses jambes mécatroniques, serait vraisemblablement montée sur roulettes, bref ASIMO un tantinet dénaturé.
Trêve d'ironie, la situation à Fukushima est si grave qu'on n'aura pas trop de toutes les idées et bonnes volontés pour développer des technologies susceptibles de sécuriser durablement le site au plus vite, et de permettre une décontamination des lieux mêmes et des environs.
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L’heure de la fin a sonné pour l’usine Eurodif, après 33 années de fonctionnement. Demain lundi, l’usine d’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse du Tricastin commencera à se mettre progressivement à l’arrêt. Le processus devrait prendre trois semaines environ.
L’usine inaugurée en 1979 cessera définitivement de produire de l’uranium enrichi autour du 8 juin. Ce sera aussi la fin du panache de vapeur d’eau qui s’échappait des deux tours de refroidissement. L’arrêt était initialement prévu à la fin de l’année mais Areva a décidé de l’avancer pour faire des économies.
Près d’un quart de l’uranium mondial
« C’est un fleuron de l’industrie française décidé après les chocs pétroliers qui va s’arrêter après plus de 30 ans de production » expliquait en mars dernier Frédéric de Agostini, directeur d’Areva-Tricastin. Depuis, la direction du groupe nucléaire attend le début des opérations pour communiquer sur cet arrêt délicat, probablement par superstition.
L’usine qui produisait près d’un quart de l’uranium utilisé dans le monde avait fini par devenir obsolète. Très gourmande en électricité et en eau, le groupe Areva a décidé de la remplacer par la nouvelle usine Georges-Besse 2 qui utilise la technique de l’ultra-centrifugation, construite à proximité de son aînée sur le site du Tricastin. Elle consomme 50 fois moins d’électricité et ne nécessite pas de prélèvement d’eau dans le Rhône, comme son ancêtre.
Le combustible des centrales nucléaires
L’uranium enrichi est utilisé comme combustible par les centrales nucléaires du monde entier. A pleine puissance, Eurodif pouvait alimenter 90 réacteurs.
L’usine reste étroitement liée à son président-fondateur, Georges Besse, qui a piloté le projet depuis l’origine en 1973 et qui est resté membre du directoire jusqu’en 1982. En 1988, elle prend son nom, après l’assassinat du PDG de Renault par les terroristes d’Action directe.
Eurodif était aussi l’héritière de l’usine d’enrichissement militaire de Pierrelatte, mise en service en 1967 et voulue par le général De Gaulle pour doter la France de la bombe atomique thermonucléaire.
Le site de Pierrelatte avait été choisi pour sa proximité avec l’usine Blondel de Bollène, qui était la plus grosse centrale hydro-électrique française de l’époque.
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